Quand le processus révèle l’inattendu
En retournant ce moule en plâtre fraîchement solidifié, j’ai découvert des formes organiques que je n’avais pas anticipées. Les coulées du plâtre sous le vinyle ont dessiné des reliefs surprenants, presque sculpturaux, qui donnent une nouvelle dimension au projet.
Ce genre de découverte me fascine : un simple accident de matière ouvre des perspectives esthétiques insoupçonnées. Ces formes me donnent envie d’explorer d’autres types de découpes dans le vinyle, d’accentuer ces courbes, ces textures, et de voir comment elles influencent non seulement l’objet, mais aussi le son qu’il produira.
Expérimenter, c’est aussi laisser place à ce que la matière propose d’elle-même. Hâte de voir où cela va me mener !
Retour en atelier : nouvelles explorations et émerveillement
Après une période intense d’écriture pour mon mémoire, retrouver l’atelier m’a fait un bien fou. J’étais à deux doigts de sombrer dans la mélancolie… C’est dingue comme se salir les mains, manipuler la matière, permet de retrouver un équilibre !
Aujourd’hui, j’ai réalisé un moule en plâtre d’un vinyle 33 tours altéré, que j’utilisais pour mes installations et performances sonores. Ce test en grand format fait suite aux premiers essais avec les 45 tours, qui nous avaient étonnés par leur fidélité dans la reproduction des sillons.
Je tiens à remercier encore une fois Alexis Lepage, le technicien de l’atelier de moulage de l’UQAM. Son expertise et ses conseils sont toujours précieux, même si je deviens de plus en plus autonome dans ces techniques.
Le processus reste fascinant : après avoir mélangé eau, plâtre, silice et fibre de verre, j’ai coulé le moule du disque. Une fois solidifié, j’ai pu le retirer de la table et en le retournant, j’ai découvert des formes inattendues créées par le plâtre qui avait glissé sous le vinyle. Ces reliefs imprévus m’ont frappé par leur esthétique, et j’adore le fait que ce projet continue de me surprendre à chaque étape. De nouvelles idées germent déjà pour la suite… Affaire à suivre !
Récupération du verre
Voici du verre que j’ai récupéré, destiné à être fondu et transformé en vinyles. Chaque fragment porte déjà une histoire, un passage, une usure du temps. Pour moi, la récupération est essentielle, autant par nécessité que par engagement. En tant que jeune artiste sans financement, c’est une manière de rendre possible ma pratique. Mais c’est aussi une façon d’insuffler une nouvelle vie à des matériaux délaissés, de réactiver ce qui était voué à disparaître.
Ces morceaux de verre, une fois thermoformés, deviendront des disques jouables, des empreintes sonores gravées dans la matière. Leur passé n’est jamais effacé, il se fond dans le processus et réapparaît sous une autre forme, vibrant encore à travers le son.
Johnny is coming home
Aujourd’hui, un tournant dans mon projet : le premier test sonore d’un vinyle en verre ! Après des mois de recherches, d’expérimentations et d’allers-retours entre le moulage et le thermoformage, enfin l’instant où l’aiguille touche la surface.
C’est un moment à la fois excitant et chargé d’émotion. Voir ce disque transparent tourner sur la platine, entendre les premières vibrations émerger des sillons gravés dans le verre… Une preuve concrète que cette matière fragile peut porter le son, conserver une trace, une mémoire.
Les premières sonorités sont bruitées, accidentées, mais elles ont une texture unique, presque fantomatique. Chaque imperfection du sillon devient une signature sonore, une empreinte du processus de fabrication. Contrairement au vinyle classique, dont l’usure se fait progressivement, ici chaque lecture est un équilibre entre la solidité du verre et sa fragilité structurelle.
Ce n’est qu’un début, mais l’expérience ouvre déjà de nouvelles perspectives pour mes installations et performances. J’ai hâte d’explorer davantage les possibles de ce matériau et d’affiner ces expérimentations.
Moulage d’un disque vinyle : expérimenter les limites des sillons
Tout commence par une idée.
L’une de mes expérimentations les plus intrigantes a été de réaliser le moulage complet d’un disque vinyle, un 45 tours, avec du plâtre. L’idée derrière cette démarche était simple, mais ambitieuse : les sillons du disque, si fragiles et si précis, pouvaient-ils être suffisamment bien reproduits dans une autre matière pour produire du son ?
D’après les conseils d’Alexi Lepage, le plâtre semblait un bon point de départ. Sa capacité à capturer les moindres détails en fait un matériau intéressant pour ce type d’expérimentation. Cependant, la question restait ouverte : le moulage serait-il assez précis pour que l’aiguille d’une platine puisse lire ces sillons et transformer cette surface inhabituelle en son ?
Cette étape a été un véritable défi technique, mais elle a également ouvert de nouvelles perspectives sur la matérialité des sillons eux-mêmes. Travailler avec le plâtre m’a permis d’explorer les limites de ce matériau et d’évaluer son habileté à traduire des informations aussi complexes qu’un signal sonore. Ce n’était pas uniquement une question de savoir-faire technique, mais aussi une façon de réinterroger la nature même du disque vinyle comme objet, et les notions de reproduction et de transmission qu’il incarne.
Les résultats, bien que perfectibles, ont été prometteurs et surtout stimulants. Ce type d’expérimentation, où le son rencontre des matériaux improbables, nourrit ma pratique en ouvrant des voies inattendues. Cela m’a par ailleurs encouragé à poursuivre mes recherches sur d’autres matériaux, comme le verre, pour repousser encore davantage les frontières entre son, matière et création.
Explorer la matière : du vinyle au verre
Tout commence par une idée.
Après mes premières expérimentations avec la découpe laser et ce que j’appelle le “sampling analogique”, une question essentielle a émergé : qu’en est-il de la matière elle-même ? Le polymère plastique des vinyles, bien qu’idéal pour la production de masse, ne correspondait plus à ma démarche. Je voulais dépasser cette contrainte matérielle et explorer la possibilité de transférer les sillons des vinyles vers d’autres matériaux.
Ce questionnement, à la croisée de la technique et de l’art, a pris forme grâce aux ressources accessibles dans le cadre de ma maîtrise à l’UQAM. L’université offre non seulement les outils, mais aussi des expertises techniques précieuses. C’est là qu’Alexi Lepage, technicien spécialisé en moulage, a joué un rôle central. Avec son aide, j’ai pu me lancer dans des explorations que je n’aurais même pas imaginées auparavant.
Travailler avec Alexi m’a permis d’ouvrir des perspectives nouvelles, notamment sur le moulage des sillons des vinyles. Nous avons expérimenté différentes approches, repoussant peu à peu les limites de ce qui semblait réalisable. Cette collaboration a également jeté les bases d’un projet ambitieux : le thermoformage en verre, une étape passionnante que je partagerai dans un prochain article.
Ces recherches matérialisent un élan constant vers l’expérimentation, où chaque étape nourrit de nouvelles questions et de nouvelles envies d’explorer. Ce n’est pas simplement un travail sur le son ou sur l’objet, mais une réflexion sur la matière et son potentiel à réinventer nos manières d’écouter et de créer.
De la scie à la découpeuse laser : une évolution pratique et conceptuelle
Tout commence par une idée.
En arrivant à l’UQAM pour ma maîtrise en arts visuels, j’ai eu accès à des ateliers et des outils qui m’ont permis de revoir ma méthode de travail. Jusqu’alors, je modifiais mes vinyles à l’aide d’une scie à métaux, à la main. Ce processus, bien que satisfaisant par son aspect direct et manuel, était long, physique et limitant. Les possibilités de découpe restaient contraintes par l’outil, et chaque forme nécessitait un travail minutieux et répétitif.
Avec la découverte de la découpeuse laser, j’ai pu élargir ces possibilités. Désormais, je conçois mes tracés sur Illustrator, ce qui m’offre une plus grande liberté dans mes expérimentations artistiques. La découpe est suffisamment précise pour que les pièces s’emboîtent directement les unes dans les autres, sans avoir besoin de recoller quoi que ce soit. Cette précision ouvre de nouvelles perspectives, non seulement en termes de formes sculpturales, mais aussi dans la façon dont les disques peuvent interagir avec l’espace sonore et visuel.
Ce passage d’un processus manuel à un processus assisté par machine n’est pas qu’une question de praticité : il engage une réflexion sur la relation entre artisanat et technologie dans ma pratique. La découpe laser, bien qu’elle semble simplifier le geste, apporte aussi son propre cadre de contraintes. Les matériaux réagissent différemment, et certaines expérimentations nécessitent plusieurs ajustements avant d’aboutir. Chaque étape nourrit ma recherche sur la matérialité et la mémoire sonore, en questionnant à la fois les limites du support et les outils utilisés pour le transformer.
Cette évolution n’efface pas les gestes manuels, mais elle les complète. En intégrant des technologies comme la découpe laser, je peux mieux explorer les tensions entre tradition et innovation, entre ce qui est tangible et ce qui parait appartenir à un registre plus technique ou désincarné. Chaque expérimentation m’amène un peu plus loin dans ma réflexion sur la matérialité du son et l’histoire inscrite dans les objets.
Prototype de tourne-disques DIY
Le prototype de tourne-disques DIY
Lors de ma maîtrise en arts visuels à l’École de Recherche Graphique (erg) à Bruxelles, j’ai eu l’occasion de collaborer avec Julien Duterte, professeur d’arts numériques. Sous sa supervision, j’ai entrepris un projet ambitieux : la création de platines DIY intégrant un Arduino.
L’objectif principal de ce projet était de pouvoir contrôler, avec précision, le sens et la vitesse de rotation des platines. Cette maîtrise technique me permettait d’explorer des performances lives plus nuancées et expérimentales, où les variations de vitesse et de sens créaient des paysages sonores uniques.
L’idée de ce contrôle s’est directement liée à mon travail sur les vinyles modifiés, créés à l’époque avec une technique artisanale de collage et de sampling. Ces interventions physiques sur les disques transformaient le support sonore en une matière malléable, à explorer dans un dialogue entre manipulation manuelle et électronique.
Ce projet a été le premier jalon dans ma démarche actuelle, qui vise à fusionner artisanat, technologie et expérimentation sonore. C’est à travers ces premières recherches que j’ai découvert le potentiel infini des platines comme outils créatifs et expressifs, bien au-delà de leur fonction traditionnelle.